09.05.2007
LORSQUE LA LUNE S’ EST LEVEE
Indre: Près de Badecon Le Pin
Lorsque la lune s’est levée tout à l’heure
Sur les tuiles des toits paresseux
J’ai su que l’automne s’était glissé
Entre ces murs et mon cœur lézardés.
Assis à ma fenêtre, telle un miroir humide
Devant moi danse un voile de brume
Je désire tant m’asseoir sur ce nuage
Et donner l’eau à mon jardin
Je rassemble mes portes closes, mes chagrins
Sans oublier celles avec qui j’ai ri,
Comme un jongleur anxieux je prie
Je joue de ces mots lancés vers les cieux.
Un ange au pré verdi d’un doigt me guide
Là où les rêves déploient mes sens
Là où mes pensées, comme des atomes fixés
Change la douleur pour la nuit.
Mais l’hirondelle sur le départ sourit
Car mes yeux collés à la vitre
Ne s’en iront guère plus loin
Que les nimbes tardives au fond du val.
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JARDIN
Un ptit coin intime dans le Val de Creuse
C’est en ce jardin non clos que je chasse
L’oiseau de mes pensées, lourd en ma tête
Dans cette altitude où baigne un ciel timide.
Moi et mon cœur marchions à notre pas,
Nous dormions pâles, sous le duvet des nuits
Contre un porche aux portes disparues
Songeant aux traces s’éloignant vers le ciel ;
L’espace mouvant jetait sur les bois
Ses ors purs dans la brisure du soir.
C’est en ce lieu sans arbres aux délicieux rivages
Sous le miroir, aux mille étoiles, troublés,
Que nous avions, pour écho seul, moi et mon cœur
L’agitation des heures
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29.03.2007
LUEURS
Le ciel a des lueurs quand les moineaux s’envolent
De l’amour qui ruisselle, de l’insolente ardeur
Du rossignol chantant au cœur flamboyant
Sa prière à l’aurore dans les rayons obliques,
Le jour entre la roche et l’eau vive.
Je prends des gants je prends mon temps
Pour caresser les courbes vierges
Ors, sous le voile blanc de ma brume.
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27.03.2007
AUBE
A l'aube naissante, encore chauffée de terres,
la brume se lève du fond du val,
nuée animée fondant sur la colline.
Déjà la ferme est embuée,
elle disparaît comme un fantôme...
La demoiselle happe les sentes et le hameau est avalé.
Pour cadeau d’automne, emporte sous ton aile
un peu de coeur qui sonne
sous les feuilles pêle-mêle,
cadeaux enrubannés de cerfs volant d'oiseaux
qui s'enfuient tout dorés vers les sables plus chauds.
Emportées les pommes craquantes des pins énamourés !
Une chanson ronronne sur les champs emmêlés
au pied de douces aurores frissonnant de rosée.
C’est la saison des fleurs mouillées en Creuse.
La ferme
encre J. KERDRAON
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05.10.2006
Chabtine, village de la montagne libanaise

Le Liban ce n'est pas seulement la guerre. Oui ce pays est convoité pour sa beauté, son eau et sa situation stratégique. Mais il y a aussi de gens sans pouvoir et sans besoin de pouvoir qui ne désire que vivre ensemble dans la paix. Mon ptit coin, au bout de la méditerranée est niché dans la montagne libanaise sur les pentes plantées d'oliviers et figuiers...
MATIN A CHABTINE
Quand le coq du matin jette son cri, le cou tendu vers les sept collines, je décidai à la fraîche de découvrir les recoins de Chebtine. Le soleil dorait déjà la rue, la treille semblait encore humide. Je marchai le long des ombres qu’étalaient les oliviers. Je suivais la route vers Alali-Mehmaiche. A mi-pente, on m’invita déjà. De la maison ouverte, on sentait la quiétude, le souffle paisible des odeurs anciennes. Douces effluves qui couraient les allées, autrefois quand les toits n’étaient pas encore malades de fils d’arantèles alourdis des poussières de la route. Dans la pièce d’entrée, le gris usé des boiseries, les moulures menuisées, me rapprochèrent d’un passé d’images d’aïeule tant aimée. La maîtresse de maison, une femme au visage buriné de soleil, illustrait la dignité, droite comme une Bellini de ‘’Degas’’. Le kawa sentait bon et je ne pus ni ne voulus refuser l’invitation. De l’entrée l’ambiance était calme et sereine, au goût d’éternité, passé riche de souvenirs bruissants d’enfants, de bouquets sur la table, d’odeurs de biscuits à l’eau de rose. Je mourai d’envie de visiter les autres pièces mais un bébé dormait à côté et nous prîmes le café dans le petit salon aux banquettes de tissus bariolés, sobrement meublé mais chargé des vibrations, fantômes de tous les visiteurs passés.
...Le kawa se but lentement, comme souvent entre deux nouvelles du bourg. Presque une matinée, parce qu’ici prendre son temps est précieux. L’horloge sait encore s’arrêter, le temps est un ami…
J’avais les pensées tournées vers le passé au temps des piles de draps blancs bien pliés dans les armoires. Du lin cousu main et brodé, protégé des mites par les boules de camphres, linge sentant la lavande glissée sous les tissus. Un passé où fument de grandes bassines rouges à la confiture brûlante.
Je pris congé de mon hôtesse en sachant bien que je la reverrai bientôt et décidai de gagner le centre du quartier haut par une raidillon d’où me parvenait une odeur et un chahut de basse-cour. Un chat fila en flèche abandonnant la douce fraîcheur nocturne de son sofa de ciment : un inconnu entre dans son territoire, c’est chose peu commune dans son hameau. Il faut dire qu’ici, les chats sont à demi sauvages et nourris par quelques bonnes âmes secourables. Alors, selon la prodigalité de la main, ils établissent une alliance avec les humains : nourriture contre chasse aux souris et parfois scorpions. Eux ne demandent pas d’autorisation pour chercher les pièces agréables et s’y installer, fuyant la torpeur des collines torrides.
Devant la basse-cour, les poules s’affolent : cet homme qui passe n’est pas dans leurs habitudes ; étrangers, même parmi les poules ! Dans ce petit quartier pentu, les maisons sont jolies. La pierre blanche et les fenêtres à l’orientale donnent un gai équilibre qui vous invite à rester et à imaginer que tout près, on pourra se construire un petit havre à l’ombre des néfliers. Traversant la route d’Alali, je découvre un sentier rocailleux qui donne dans une ruelle où l’on passe sous les lourdes grappes de raisins : elles s’offrent rondes et juteuses, le long des ceps tordus qui dressent leurs poings puissants au bouts des fils tendus. Puis de simples et claires maisons offrent leurs toits plats ; quelques cris d’enfants et de femmes percent le calme impressionnant du quartier. Plus bas, je croise de nouveau dans son lit de sable de rocs blonds et ocre, l’oued asséché. Sa courbe disparaît dans une gorge, sous les chênes tordus et les oliviers centenaires. Le bleu-vert des figuiers se marie avec l’argent des oliviers. Le soleil à ce moment tombe à l’aplomb. La terre renvoie sa lumière et la sueur perle à mon front. Alors je descends vers l’église. Une rue de jasmin m’enlace, amoureuse. Je sens monter en moi comme une légèreté, comme un lever de soleil intérieur, une inspiration rafraîchissante au plus profond des mes cellules. Je marche en rêve, lentement, pesant mes pas dans la pente. J’imagine que si je devais poursuivre la ligne au loin, j’irai tomber dans la mer pour m’égarer dans l’aube irréelle.
Quand les toits lourds de chaleur se serrent dans l’espace chauve de la colline aux flancs dépouillés, j’ai l’espoir de savoir un jour rompre les lignes et peindre les éclats seuls, dans la brisure de mes paupières serrées. Alors mes pensées hésitantes inventeraient une autre clarté pour qu’il me revienne au fond du cœur un tableau au couleur du Metn. Une brise au goût de menthe s’empare de mes sens. Un taboulé se prépare ou peut-être un fattouche. J’esquisse mentalement les parfums et les goûts… Au déjeuner, ils seront bien frais. Les herbes auront offerts aux plats leurs saveurs inégalables.
L’essentiel devient pour moi une fragance de thym, romarin… de menthe et de persil. Les Dieux ont donné ce luxe aux humains pour qu’ils s’apaisent. Après l’émerveillement du palais, qu’ils suivent enfin le chemin de la Terre et de la Paix.
Il y a des pas qui mènent au simple bout d’une rue et pourtant qui semblent un long voyage entre arôme et épices. Voyage des sens et de l’imagination. Ce voyage tient aujourd’hui, dans un carré de rocaille méditerranéenne.
Tendres moments
Une lumière douce traversait les rideaux
Jouant une scène intime sur les corps allongés
Je restais silencieux marchant dans un palais
Le coeur affamé de vos douces présences.
J’allai sur la terrasse donnant sur le jardin
Quand le raisin est vert sous la treille à Chabtine,
Quand venait ce chaud désir d’une sieste,
Qui me tendait les jambes comme un arbre alangui.
Chaque souffle tiède glissant dans la ramure
Comme miracle de l’air était alors béni.
Le silence était bon dès le petit matin
Ou bien quand le soleil abandonne les terres
J’aimais m’aventurer le soir dans les collines.
Même si je suis encore au plus loin de la terre,
J’ai le souvenir tout chaud de ces jours passés
D’un petit chat sauvé, tombé au fond d’un trou.
Rappelez-moi la promesse un jour de revenir
Suivant les hirondelles cherchant le paradis ;
Saluez pour moi les chênes, figuiers et oliviers,
Ceux qui m’ont apporté leur ombre d’un été.
C’est toujours au verger que je vous imagine
De ce doux été, l’image, reste de vous penchée,
Sur un tapis de menthe ou bien d’oignons séchés.
Et c’était bonheur de surprendre dans le sombre
De vos yeux, noblesse et tant de générosité,
D’y percer la malice et tant de transparence,
De vous voir pliée vers cette terre heureuse
Ou parler du passé, un sourire jeune aux lèvres.
Alors en ces jours vous êtes juste et belle.
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Le Val de Creuse
Mon Val de Creuse est un joli coin de verdure entre Argenton sur Creuse et le bout du lac d'Eguzon, aux ruines du château de Crozant.
VALLON
Le brouillard comme une falaise
avance sa nuit de plâtre
et roulent sur mon visage
les épaisses brumes de l’ennui.
Sous les eaux sombres métissées
conspirent les schistes et les micas.
N’est ici que la profondeur des pierres
et pourtant, après la rosée,
un monde est à venir,
un miroir,

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