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11.12.2007

Notre société

On entend un type de discours assez souvent dans notre société "moderne", c'est celui de l'arrogance des technocrates
qui privilégient l’action efficace et rentable à la réflexion. C’est ce qui fait dire à certains :
« ils feraient mieux de faire du secrétariat et de la comptabilité au lieu de faire de la philosophie » ! !
Sous-entendu qui revient à dire : « faites en sorte qu’ils ne réfléchissent pas trop, mais deviennent des travailleurs efficaces, des techniciens compétentes, des citoyens obéissants ». Cela fait aussi penser au mot de Taylor devant la plainte d’un ouvrier à la chaîne, qui n’arrivait plus à penser : « vous n’êtes pas payé pour penser, il y en d’autres qui sont payés pour ça » ! Au fond, pour Calliclès, dans une société bien rodée, il faut que l’individu soit un rouage bien huilé et dans la postmodernité, un consommateur docile, qui ne se pose pas de questions, mais obéisse. Il est dans la même optique tout à fait souhaitable que le politique non plus ne se pose pas de question, mais agissent en manager efficace, pour faire tourner cette entreprise qu’est la société, tout en se réservant les moyens de préserver son pouvoir, de se ménager une vie de luxe, de plaisir variés, une vie où la liberté est enfin devenue licence. Evidemment, explique Calliclès, cette manière de vivre n’est pas à la portée du vulgaire, à la portée du peuple. Mais qu’est ce qu’un homme qui a entre les mains le pouvoir,
peut bien devoir à la morale du peuple ? Il n’est pas bon que le peuple soit libre.
La liberté est un privilège des forts. Que les plus faibles servent les plus forts et la société sera ordonnée !
C’est pour le peuple que l’on a inventé la « morale » et la « sagesse » et la « religion ».
La morale est une invention arbitraire des faibles pour se protéger des forts.
La sagesse, c’est un catalogue de règles de vie pour les impuissants.
La religion, c’est l’opium du peuple, comme le dit Marx.
Quand on a la puissance, quand on la richesse et le pouvoir, on se moque de la morale et de la sagesse
et on n’a que faire de la religion. On satisfait ses désirs et on méprise ces histoires à dormir debout
que racontent les philosophes et les prêtres, on n’a que sarcasme pour ces espèces de recommandations
prudentes adressées aux faibles que sont les paroles de sagesse ! L’homme fort ne connaît qu’une loi,
la loi du plus fort et il n’a que mépris pour la justice, la morale ou la sagesse.
Ou plutôt, il est assez rusé pour dire : oui, la justice, la morale, la sagesse, la religion,
c’est très bien pour le peuple¸ mais au fond de lui-même, il est assez malin pour penser le contraire sans se laisser duper et ne suivre que ses désirs.

Cela signifie qu’en définitive, l’homme fort selon Calliclès vit,
pense et décide à partir d’une représentation cynique de la vie et s’y tient.
Il est inutile d’ajouter combien le Calliclès de Platon serait au fond très à l’aise dans notre monde postmoderne
ou le cynisme et dérision font si souvent bon ménage.
Se moquer des philosophes est dans le ton de notre époque.
Ricaner à la seule évocation de la sagesse est une attitude banale.
Rigoler grassement sur le dos des philosophes est en effet la seule attitude qui convienne,
pour nous maintenir dans notre soucieuse insouciance, ou dans notre arrogance de prédateur
dans la jungle économique.